Boats 4 People: Contrôler les contrôleurs de l'immigration pour stopper l'hécatombe en Méditerranée

Chaque jour des embarcations se perdent et coulent, ou sont secourues dans des circonstances dramatiques, dans le Canal de Sicile ou au large des Pouilles, en eaux tunisiennes, maltaises ou italiennes. Ces embarcations sont empruntées par des personnes qui continuent de quitter le continent africain, cela malgré la dite stabilisation politique du Maghreb-Mashrek. Chaque naufrage et chaque tragédie s'ajoute encore aux plus de 2000 noyades de migrant-e-s en Méditerranée comptabilisées par le HCR depuis le début de l'année 2011.

Force est de constater que le parcours de ces bateaux de fortune n'attire pas l'attention de la presse, contrairement à ce qui s'est passé durant le conflit libyen, alors que les hommes de Kadhafi forçaient, l'arme à la main, les Subsahariens à prendre la mer et que ces derniers subissaient des exactions de la part des rebelles du Conseil National de Transition (CNT).


Force est aussi de constater que les opérations de recherches et de secours (SAR), sont souvent entreprises de façon tardive et montrent un réel manque de volonté d'accueil et d'assistance de ces exilé-e-s de la part de l'Union Européenne. Cela alors que les forces européennes en Méditerranée disposent d'un grand nombre de moyens. En effet, aujourd’hui, la présence de Frontex, notamment à travers l'opération Hermès dans le Canal de Sicile, ajoutée à celle de l'OTAN, les forces navales et aériennes ainsi que les radars fixes et mobiles surveillent tout ce qui se produit en Méditerranée. Depuis le printemps dernier, plusieurs affaires dont celle du navire Almirante Juan de Borbón ont montré que les navires des États européens étaient susceptibles de ne pas respecter à la fois le devoir d'assistance en mer inscrit dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et le principe de non refoulement inscrit dans la Convention de Genève. Par ailleurs, le nombre de réinstallations concernant les réfugiés bloqués en Libye ou dans des pays limitrophesa été très limité voire nul pour certains pays comme la France. Enfin, des accords de réadmission sont déjà prévus voire engagés entre l'Union Européenne et la Tunisie et la Libye pour faciliter l'expulsion des migrant-e-s.


Nombre de naufrages pourraient donc être évités par les forces en présence en Méditerranée et l'Europe pourrait très bien ouvrir ses portes aux nombreux migrants qui viennent y chercher une vie meilleure.


Dans un tel contexte, il nous semble plus que nécessaire que la société civile méditerranéenne des deux rives s'organise pour contrôler et dénoncer les contrôleurs de l'immigration (OTAN, Frontex, Brigade financière italienne, armée maltaise, gendarmerie tunisienne etc.) et mobiliser l'opinion publique sur le grand nombre de noyades qui continuent de se produire notamment dans le canal de Sicile.

 

Notre projet consiste à organiser le contrôle des contrôleurs de l'immigration grâce à des opérations en mer réalisées en parallèle d'un travail juridique et de mise en réseau des organisations méditerranéennes (société civile, syndicats, organisations de marins...). Nous souhaitons articuler la défense du droit des migrant-e-s au respect du droit de la mer et à l'accès aux zones dans lesquelles se produisent les naufrages. Cela afin de faire pression à la fois sur les autorités européennes et sur les nouvelles autorités dans le nord de l'Afrique afin de revendiquer les droits des migrant-e-s à être secouru-e-s en mer et à être protégé-e-s en territoire européen si elles/ils en font la demande.


L'originalité du projet Boats 4 People est l'organisation d'actions (observation civile, récolte de données, médiatisation, actions en justice) dans des espaces jusqu'à présent inaccessibles : les zones maritimes. C'est pourquoi nous avons besoin d’affréter un ou plusieurs bateaux afin de nous rendre dans le canal de Sicile pour effectuer une première mission qui partirait de Rome en juillet 2012 et se rendrait en Sicile puis jusque dans la zone de passage des embarcations de migrants entre l’Italie, la Tunisie et la Libye. Cette mission, qui durera de trois semaines à un mois, a trois objectifs principaux : la médiatisation de la situation dans le canal de Sicile, l'observation civile et le contrôle des contrôleurs de l'immigration, la récolte de données dans l'objectif d'alimenter des plaintes devant les tribunaux nationaux et internationaux ainsi que la rédaction de rapports.


Cette mission revêt une forte dimension symbolique et médiatique et embarquera des journalistes, des personnalités du monde politique et artistique euro méditerranéen. Chaque étape du parcours donnera lieu à des actions symboliques ainsi qu'à des conférences de presse et des rencontres avec les groupes politiques et associatifs locaux qui traitent du sujet de la migration.


Cependant, le projet Boats 4 People ne se limite pas à l'organisation de cette mission, qui servira d'élément de visibilisation d'une campagne de fond menée sur plusieurs années. Le projet a mis en place un important travail de recueil de témoignages, d'étude d'images satellites des trajectoires des navires militaires et de construction de dossiers juridiques afin de déposer des plaintes contre les acteurs étatiques responsables de ne pas avoir porté assistance à des migrant-e-s en détresse. Le projet comporte aussi un travail de recherches juridiques afin de diffuser aux marins et gens de mer des informations sur le devoir d'assistance en mer et le délit de solidarité en cas d'assistance aux migrant-e-s. Enfin, un travail de réseau a été entamé avec les syndicats de gens de mer et les plaisanciers afin de faire connaître nos actions et de récolter des soutiens dans ce milieu. Ce projet se construit bien sûr dans une dynamique de travail collectif entre les associations adhérentes à la campagne sur les deux rives de la Méditerranée. A terme, ces différents axes visent à construire un réseau méditerranéen pérenne de soutien politique et juridique aux migrant-e-s en mer.


Afin que cette campagne soit visible, emporte un impact médiatique et une large mobilisation, nous avons besoin de votre soutien politique et financier. De plus, nous vous invitons vivement à participer aux actions de Boats 4 People et à relayer les informations sur la campagne dans vos réseaux.


Les organisations de Boats 4 People